UNE LUTTE TROP SOUVENT INCOMPRISE OU CARICATURÉE
« L’occasion parfaite de revenir sur une lutte trop souvent incomprise ou caricaturée », osez-vous écrire.

Il se trouve que les féministes radicales affirment, arguments à l’appui, que la prostitution n’est ni du travail, ni du sexe, mais d’abord et essentiellement une manifestation des rapports de domination des hommes sur les femmes, et un élément essentiel au renforcement et à la perpétuation de ces rapports.

Fort heureusement, ni le Strass, ni ceux qui lui donnent complaisamment la parole – que ce soit l’extrême gauche façon « Libération » ou le réformisme façon « Article 11 » ne se laisseraient jamais aller à méconnaître, ignorer ou pire, caricaturer, les critiques féministes radicales, leurs critiques matérialistes des rapports de sexes. Aucun ne se laisserait aller à réduire cette critique radicale au seul abolitionnisme, voir à un prohibitionnisme. Surtout pas au nom de grossières resucées libérales.

Ce n’est effectivement pas un hasard si le Strass, organisation où les hommes prostitués sont plus que surreprésentés, a opté pour une représentante. « Les porte-paroles précédents du Strass étaient soit des transsexuels soit des hommes. De nombreuses associations abolitionnistes ne les considéraient donc pas comme des interlocuteurs valables pour parler de la prostitution », avoue benoîtement Morgane Merteuil. En omettant de dire que ces hommes n’étaient pas non plus considérés comme des interlocuteurs valables par aucune militante féministe.
Pour être efficace, la poudre aux yeux de son discours libéral - « le Strass réclame le droit à exercer un travail sexuel » - prétendument « syndicaliste » de défense du masculinisme et de son système prostitueur se doit d’avoir le bon genre. Mettre en avant des hommes était ballot : les inégalités de sexe existent aussi parmi les personnes prostituées.

C’est qu’il faut être capable d’entendre un minimum la critique féministe radicale du masculinisme pour que l’entourloupe au syndicalisme classique et aux « travailleurs en lutte » qui réclament le droit de se faire leurs propres prostitueurs soit remise dans son contexte : celui de rapports de domination où les hommes sont en position dominante, où la sexualité de tous et toutes est définie par les rapports de domination de genre, par le masculinisme.
Le Strass paraît ainsi pour ce qu’il est : d’abord un outil au service du masculinisme dominant. Mais un outil contemporain, mis à jour pour contribuer à rendre inaudible la critique matérialiste des rapports de sexe,de la « sexualité », de ses « besoins », de ses « fantasmes », etc. Un outil pour contribuer à rendre invisible et inaudible la critique féministe radicale. Ce n’est certes pas le seul. Cela explique la complaisance de l’accueil qui lui est réservé partout où l’on se pique benoîtement d’un goût superficiel pour la liberté en matière de sexe – allez savoir pourquoi, les féministes radicales semblent elles dépourvues de ce goût. La "liberté sexuelle" que nous vend une société masculiniste mériterait-elle d'être l'objet d'une critique? Que nennni! Les plus audacieux préfèrent envisager depuis une trentaine d’années au moins que ces féministes pourraient être anti-sexe, voir de tristes moralistes. On n’ose plus dire mal-baisées, mais on pourrait y revenir. Quelle critique puissante !

Bien sûr, les personnes qui constituent le Strass ont le droit de s’organiser, de définir elles-même dans quel but elles le font - et de s’efforcer de survivre dans le contexte que nous connaissons tous et toutes.
Mais il est une chose que l’on ne peut laisser le Strass prétendre : qu’il « défendrait les personnes prostituées » sans lui opposer un démenti. Le Strass défend certainement la prostitution en tant que secteur de marché, considérée comme simple activité économique – mais il ne défend pas les personnes prostituées, parce qu’il ne veut pas savoir que ce marché se nomme aussi système prostitueur, et n’existe que par la domination de genre. Cela n’a rien de surprenant d’ailleurs. Tout comme il n’y a rien de surprenant à le voir prétendre qu’en défendant la prostitution il défendrait d’abord les personnes prostituées. Il montre ainsi crûment à l’intérieur de quel horizon il se tient : celui des rapports de domination de genre comme celui des rapports de domination économique.
C’est là une caractéristique des discours intégrés à la domination.

A ceux qui, sur d’autres sujets, prétendent plus volontiers vouloir en finir avec les rapports de domination, ou même seulement combattre leur emprise sur nos vies, il est important de rappeler que, tout comme on ne peut prétendre défendre les ouvriers d’EADS ou de Matra ET en même temps justifier et cautionner l’existence du complexe militaro-industriel qui leur fournit leur emploi sans se trahir illico, l’on ne peut pas plus prétendre défendre les personnes prostituées et en même temps le système prostitueur qui garantit leur « emploi » et leurs revenus : et en premier lieu, ceux des prostitueurs qu’il est de bon ton de désigner sous l’euphémisme pudique et si commercial de « clients ».

D’autant plus qu’il y a une différence considérable entre les intérêts financiers de multinationales et un comportement dominateur et masculiniste assumé par « monsieur tout le monde » - y compris à gauche, voir à l’extrême gauche.

Article 11 peut bien sûr donner la parole à qui lui plaît, y compris au Strass.
Mais seuls des agents dociles du masculinisme, avoués ou non, peuvent avoir intérêt à répandre la fable selon laquelle le combat de cette organisation serait un combat émancipateur.