La planète Yanit - Chapitre 3
Alain-Bernard Haïoun


Mardi 3 Mars 2020 – Visio conférence entre les Yanitiens dans leur vaisseau - le bureau du Président des Etats-Unis - le centre de contrôle des satellites de la NASA – le bureau du Secrétaire Général des Nations Unies.


Dès le matin, les techniciens mirent en place les procédures permettant d'établir les liaisons vidéos, le VEIS2 leur avait fourni les renseignements indispensables pour que les communications marchent convenablement en image et son avec lui. Chaque centre était équipé de trois grands écrans montrant les trois autres lieux de conférence. Les premiers essais de liaison entre les quatre centres interactifs avaient permis de tout vérifier. Tout était prêt pour l'heure prévue. Dès 9h55 on vit tout le monde finir de s'installer, les cameramen ayant déjà cadré les salles de réunion.


L'écran le plus regardé était évidemment celui où apparaissait l'intérieur du VEIS2. Son aspect extérieur était déjà connu grâce à de très belles images que les grands télescopes terrestres avaient communiquées du vaisseau en orbite. Un énorme ellipsoïde aplati de couleur bleu-gris, d'environ 300 m de long, 100 m de large dont on avait pu estimer l'épaisseur à 20 m d'après les différentes photographies arrivées de plusieurs télescopes répartis sur la Terre. On y distinguait des lignes régulières sur le pourtour qui révélaient la présence de baies probablement transparentes car une photo prise pendant la nuit montrait que des taches de lumière régulièrement espacées les éclairaient. Maintenant on voyait l'intérieur du vaisseau ou plus exactement une toute petite partie, la salle de conférence des Yanitiens. Une table ovale, autour de laquelle des personnages étaient disposés, flottant en apesanteur, un écran incliné se dressant devant chacun des participants.


Le moment le plus attendu était évidemment celui où l'on découvrit l'apparence des extra-terrestres invités à la conférence. On en comptait une douzaine. C'étaient de grands personnages élancés, aux gestes plutôt gracieux, ils pouvaient mesurer facilement deux mètres. Une tête triangulaire rappelant celle d'une mante religieuse avec de très grands yeux bordés de cils et des antennes. Un cou allongé, des épaules étroites et de grands bras minces se terminant par des sortes de mains à longs doigts. Leur peau avait l'apparence d'un cuir très fin comme une suédine, dont la couleur était différente selon les individus, variant du vert tendre au jaune et au marron clair. Le buste était long et étroit. Ils portaient une sorte de T-shirt bardé de ce qui pouvait être des touches du type de nos touches tactiles d'ordinateur, avec de place en place de petits écrans souple. On ne voyait pas le reste du corps. Apparemment il semblait y avoir autour de la table qu'un seul genre que l'on ne pouvait identifier comme n'appartenant ni au genre masculin, ni au genre féminin. On entendait des conversations, les sons émis étaient plutôt aigus. Les gens parlaient avec un léger balancement de la tête à droite et à gauche, ils avaient une petite bouche qui paraissait toujours souriante.


A Terre, cette première vidéo était reçue avec des exclamations de joie et des applaudissements; certains étaient muets devant le grand écran, les yeux écarquillés, d'autres étaient bouche bée et comme hébétés, d'autres pleuraient d'émotion, d'autres aussi disaient : "Les voilà! Cette fois ils sont bien là, c'est fantastique."


John, fou de joie, était complètement rassuré. Sa communication en haut lieu n'avait pas été faite pour rien. Il observait le Président sur l'écran, qui affichait un grand sourire, visiblement heureux d'être le premier chef d'état à pouvoir assister à l'événement en direct. Le Secrétaire Général, lui aussi, estomaqué, s'apprêtait à prendre la parole. Il commençait à se demander s'il allait pouvoir articuler tant son émotion était grande.


Mardi 3 Mars 2020, à 10 h précise – bureau du Secrétaire Général de l'ONU. Le Secrétaire Général et ses invités étaient installés face à la caméra, une pancarte placée devant eux indiquait leur nom et leur fonction. Ils voyaient distinctement leurs interlocuteurs sur l'écran consacré au VEIS2. Le SG prit la parole :


- Visiteurs d'une autre planète habitée, au nom des Nations Unies, je vous souhaite la bienvenue parmi nous. Après quelques milliards d'années d'évolution, voilà nos deux civilisations en contact grâce à vous. Profitons de cette opportunité pour nous découvrir et échanger nos savoirs. Le plus cher désir des hommes était qu'un jour ils puissent eux aussi voyager vers une planète habitée. Nous ne savons pas encore le faire, mais vous avez réussi cet exploit. Je formule tous les vœux pour que cette rencontre soit amicale et fructueuse. Je vous félicite pour votre performance. Rencontrons-nous et parlons-nous, nous avons tant de choses à nous dire.


Le silence qui suivit fut interprété, dans le vaisseau, comme une invitation à répondre. Celui qui semblait être le chef de mission répondit d'abord par un salut de la main et dit :


- Bonjour aux Terriens et à leurs représentants. Merci pour vos souhaits de bienvenue. Je suis Théo, le chef de mission. Nous allons répondre à toutes vos questions. Nous savions depuis une trentaine d'année que la Terre était la planète habitée la plus proche de nous. Tout comme vous, nous avons toujours cherché à comprendre l'Univers et nous avons fait les découvertes scientifiques qui nous ont permis de faire aujourd'hui ce grand voyage vers la Terre avec des astronautes. Notre mission à bord de ce véhicule VEIS2 est la seconde mission habitée, la première ayant eu lieu avec notre véhicule VEIS1 il y a 10 ans. Le moment est venu de vous permettre de nous voir et de nous entendre. Jusqu'à présent nous étions chez vous pour découvrir votre planète et ses habitants sans nous montrer. Nous avions délibérément choisi l'incognito afin d'éviter que vous preniez notre arrivée pour une invasion hostile. En effet nous avons le moyen de naviguer en mode furtif non détectable par vos radars, vos télescopes et vos radiotélescopes. Ayant suivi vos efforts de désarmement, nous savons maintenant que vous êtes une société pacifique. Il y a très longtemps, nous sommes passés nous-mêmes par des périodes de conflits entre nos ethnies pour arriver à admettre que ceci n'avait plus de sens. Nous avons compris qu'il y avait mieux à faire en étant unis : découvrir l'Univers et ses lois, protéger l'habitabilité de notre planète Yanit et rendre notre société harmonieuse.


Le SG répondit :


- Ainsi, il y aura dans l'Univers au moins deux populations habitant des planètes différentes décidées à découvrir toujours plus d'Univers, dans la sérénité. Si nos étoiles sont sœurs, alors, nos planètes sont cousines et nos deux civilisations sont destinées à vivre en paix dans la grande famille des vivants de l'Univers. Je formule le vœu que, parmi les milliards de planètes de notre Galaxie commune, il existe d'autres planètes habitées également liées par une amitié réciproque.


- Nous l'espérons aussi, dit Théo, et notre projet est la découverte d'autres planètes habitées qui seraient prêtes à entrer en relation. Pour cela nous avons besoin de votre collaboration.


- Je suis d'accord avec le principe, vous en discuterez avec le Président d'un grand Etat ici présent et je ferai le nécessaire pour en informer tous les états qui souhaiteraient participer à cette collaboration. Je vous souhaite bonne continuation pour cette conférence, je resterai à l'écoute. Merci de ce premier contact.


- Merci à vous Monsieur le Secrétaire Général.


Pendant cette discussion, le caméraman du vaisseau fit quelques gros plans sur des visages de participants dans le vaisseau. Vu de loin, ils paraissaient tous semblables mais, en se rapprochant, on pouvait en voir les détails et constater qu'il n'y avait pas une parfaite ressemblance entre tous les individus. Le plus fascinant, c'était leurs grands yeux. Il semblait bien que chaque œil était semblable à un œil d'insecte composé de millions d'ommatidies sur lequel la lumière s'irisait en belles couleurs. Paradoxalement, on pouvait deviner la direction du regard, comme pour un œil humain. Cette morphologie donnait à l'œil un champ de vision très large qui évitait d'avoir à tourner l'œil dans son orbite comme pour beaucoup d'êtres vivants ou de tourner la tête pour centrer le regard sur ce qu'on observe, et pourtant on sentait bien que le regard de ces êtres se posait exactement comme un œil humain sur des zones d'observation précises. Ceci était peut-être dû aux légères variations de couleur des ommatidies qui indiquait probablement une focalisation. Ces yeux avaient peut-être la propriété de voir en champ très large et aussi très étroit. La forme des yeux en grosse amande avec la pointe légèrement relevée vers l'extérieur participait à l'harmonie de ces visages.


Sur le dessus de la tête deux belles antennes jaillissaient vers l'arrière. Etaient-elles capable de capter des ondes électromagnétiques? Il y en avait aussi de plus petites latérales, ce qui laissait à penser qu'elles pouvaient être adaptées à différentes longueurs d'onde. Chez les humains, seuls les yeux sont capables de recevoir et de traiter les ondes électromagnétiques qui constituent la lumière visible, mais nous n'avons pas d'organe sensoriel capable de décoder d'autres types d'ondes électromagnétiques. Rien ne s'opposerait, fonctionnellement, à ce qu'il existât sur certains êtres vivants, d'autres organes capables de traiter ces ondes sur un spectre plus large que le visible. Ce qui apportait de la beauté à ces visages, c'étaient ces longs cils entourant la partie supérieure des yeux rappelant un peu les cils des élégantes brossés et enduits de Rimel.


Tout comme les humains, ils avaient un nez mais très discret et une bouche avec des lèvres mobiles très expressives. Un petit menton donnait au visage cette forme triangulaire.


Le Président des Etats-Unis, clairement identifié lui aussi par une pancarte le désignant, prit à son tour la parole.


- Amis de la planète Yanit. Votre venue est pour nous une grande nouvelle. Nous sommes honorés que vous ayez choisi notre pays pour votre premier contact direct avec des humains. Vous abordez notre Terre et notre civilisation, avec discrétion et courtoisie, nous vous en remercions. Ceci augure de vos bonnes intentions. C'est avec enthousiasme que nous vous invitons à atterrir sur le territoire des Etats-Unis si vous le décidez. Vous nous avez révélé aujourd'hui que vous avez pu étudier notre planète et nos civilisations en toute discrétion. C'est maintenant à vous de nous donner les informations équivalentes sur votre planète et votre civilisation dont nous ignorons tout. A cette intention des spécialistes sont en ligne à Cap Canaveral pour commencer des discussions avec vous.


Réponse de Théo.


- Je vous confirme nos bonnes intentions. Notre civilisation est entrée dans l'ère de la sagesse il y a bien longtemps. A mesure que nos découvertes scientifiques progressaient, au cours des siècles, nous avons compris que c'était la nature même du vivant intelligent de vivre en amitié avec tous. Mais il a fallu passer par différentes phases : la phase animale nous a appris la sagesse comme celle des animaux supérieurs, puis le développement de notre intelligence nous a fait découvrir les lois de la nature et nous a donné la possibilité de la maîtriser de plus en plus. Ceci nous a aussi incités à une compétition acharnée entre nos différents groupes et a conduit à des conflits meurtriers, jusqu'à ce que la conscience du bien et du mal progresse à son tour suffisamment pour que nous décidions le retour à la sagesse ancienne et à l'harmonie avec la nature. Vous êtes une civilisation qui en est au stade où les consciences viennent de s'éveiller pour rentrer dans l'ère de la sagesse. Le moment est donc venu pour que nous cherchions à vous parler et, si vous nous le permettez, à vous rencontrer.


Le SG reprit la parole pour déclarer :


- Nous sommes arrivés à la même analyse que vous. Pendant les derniers siècles, beaucoup de consciences s'élevaient pour dénoncer les actes barbares chez les humains. Le comble de la barbarie depuis le début de l'histoire de l'homme a eu lieu dans la première moitié de notre XXème siècle. Conscients de cela, nous avons créé l'Organisation des Nations Unies pour nous donner le moyen de désamorcer les conflits. Nous avons tantôt réussi, tantôt échoué, mais la seconde moitié du XXème siècle a été moins barbare. Pendant ce temps, nos connaissances scientifiques progressaient à grand pas, les échanges internationaux s'intensifiaient, une volonté de désarmement apparaissait. Il y a seulement dix ans que nous avons décidé d'en finir avec les guerres en nous donnant une échéance précise pour atteindre ce but. Après de longues discussions avec les acteurs des derniers conflits, nous avons décidé enfin l'état de paix générale par un traité international, qui a été ratifié par un référendum planétaire où tous les humains ont eu à voter en même temps, sur tous les continents. C'était le 21 Décembre 2018. Puis tous les gouvernements du monde ont à leur tour ratifié le traité de paix et l'ont inscrit dans leur constitution. C'est à cette condition que l'on a pu parler, en toute logique, de désarmement général. J'ai aussi parié que notre réussite serait due au fait que l'évolution des mentalités se ferait parallèlement à l'évolution matérielle. C'est effectivement le cas mais à une vitesse beaucoup plus lente. Une évolution matérielle trop rapide entraîne des frustrations et des conflits si elle n'est pas homogène sur l'ensemble de la planète. Les mentalités ont besoin de temps pour évoluer vers plus de conscience. Je suis heureux d'apprendre que votre évolution a suivi le même scénario, et que depuis deux mille ans vous êtes toujours dans la sagesse, tout en faisant évoluer vos connaissances. C'est aussi un espoir pour l'avenir de l'humanité sur la Terre.


Ce discours plut beaucoup à Théo qui, lui aussi, ayant parié sur l'accès des hommes à la sagesse, avait pris l'initiative de se dévoiler aux yeux des hommes. Il pariait que leur arrivée sur la Terre ne déclencherait pas d'attaque meurtrière, qui ruinerait son entreprise, contrairement aux fantasmes anciens des hommes sur les extra-terrestres. Il continua la discussion ainsi :


- Il est temps maintenant de laisser nos spécialistes respectifs face à face pour un dialogue de découverte mutuelle. Je pense que vous aurez besoin de temps, après ces premières discussions pour réfléchir à la meilleure façon de nous rencontrer sur un espace terrestre. Dans l'intervalle, nous aurons pris le temps d'établir tous les ponts pour échanger des informations dans nos différentes spécialités : les sciences, les techniques, les arts, la philosophie. Nous avons à bord une petite population de Yanitiens très compétents qui sont impatients de commencer ces discussions avec vos homologues. Vous voudrez bien nous contacter dès que vous aurez pu élaborer un programme de visites mutuelles qui concrétisera notre amitié galactique. Je vous informe que nous disposons de plusieurs atterrisseurs pour des liaisons régulières entre le VEIS2 et la Terre.


Afin de continuer la conférence avec le maximum d'efficacité, Théo désigna un meneur de jeu côté vaisseau, Dzéto, reconnu pour ses qualités d'animateur. A Terre John était son interlocuteur, il avait la responsabilité de mettre bon ordre dans les questions. Il avait pris la précaution de les classer par thème, il donnait la parole à ceux qui voulaient bien les formuler aux visiteurs. Dzéto sélectionnait le répondeur le plus à même de répondre. Ainsi tous les chapitres discutés dans la réunion préparatoire avaient pu être abordés et les réponses soigneusement notées et enregistrées.


Les scientifiques étaient particulièrement intéressés par le moyen de propulsion du véhicule interstellaire. Pour atteindre des vitesses proches de celle de la lumière il fallait une accélération continue pendant un temps très long, donc avoir à bord du véhicule suffisamment d'énergie embarquée. En effet, la théorie de la relativité nous dit que plus la vitesse est grande, plus la masse apparente augmente, et, pour avoir une poussée constante, il faut une énergie croissante. Aucun des moyens mis au point chez les humains n'aurait pu répondre à ce problème.




Le moteur utilisé sur le vaisseau Yanitien devait sa poussée à la maîtrise de l'énergie d'annihilation de la matière avec son antimatière. Physiquement c'est par ce procédé que l'on pouvait générer le maximum d'énergie, bien d'avantage qu'avec, par exemple, une réaction de fission nucléaire. La réaction utilisée est des plus simples : si un atome de matière rencontre un atome de l'antimatière correspondante, les deux atomes s'annihilent en donnant une énergie colossale. Dans ce cas, la matière et l'antimatière embarquées pour réaliser la réaction ne représente qu'une faible masse par rapport à la masse du véhicule. Mais ceci est pour nous une utopie car il n'y a aucun procédé connu pour stocker de l'antimatière, tout contact avec la matière étant violemment explosif. Les physiciens de Yanit ont travaillé plusieurs siècles sur ce problème avant d'arriver à trouver la solution permettant l'expulsion et la maîtrise de l'énergie pour propulser le vaisseau jusqu'à des vitesses luminiques. Voilà donc la réponse de principe qui avait été faite aux scientifiques américains. Il leur a été néanmoins proposé de leur en dire plus lors des prochains contacts spécialisés dans le futur groupe "propulsion" qui serait créé entre Terriens et Yanitiens.


A cette occasion on aborda le problème de la visite du VEIS2 par des astronautes Terriens. Théo avait répondu que ceci avait bien entendu été prévu et que leurs atterrisseurs-navette seraient mis à contribution pour emmener des astronautes visiter le vaisseau. Lorsque Eva entendit cela, elle demanda s'ils voyaient un inconvénient à accueillir des femmes dans le vaisseau. C'est Dzéto qui répondit :


- Dans notre espèce il n'y a pas de masculin et de féminin, nous sommes hermaphrodites. Nous sommes tout à la fois mâles et femelles. Par contre, tout comme vous, nous sommes obligés de former un couple pour avoir un enfant. Ce couple reste fidèle toute la vie et ne peut avoir qu'un enfant chacun, ceci est une limitation biologique naturelle de la population, nous devenons stériles après la mise au monde de l'enfant. Ainsi, notre taux de fécondité est fixé par la nature et notre population n'augmente en principe qu'avec l'augmentation de la durée de notre vie. Si nous devons limiter notre population, nous nous limitons à un enfant par couple. Si nous voulons l'augmenter, il nous est possible d'avoir un second enfant avec une médication spéciale qui rétablit la fertilité. Nous avons compris depuis longtemps que le fait de vivre dans une biosphère aux dimensions et aux ressources limitées obligeait à contrôler le nombre des individus qui y vivent. Il nous semble que sur la Terre, vous n'avez pas encore trouvé de solution au problème, mais il le faudra.


Cette question passionna beaucoup les Terriens qui voulurent savoir quantité de détails sur les formalités de mariages, les coutumes, l'éducation des enfants, s'il y avait des couples et des célibataires à bord du vaisseau, … mais Dzéto dut limiter les questions en proposant, là aussi, de donner tous les détails lors d'une future rencontre avec le groupe traitant de sociologie. Il voulut achever ce chapitre en donnant des explications sur la couleur de leur peau, question que les Terriens n'osèrent pas poser.


- Vous avez remarqué que nous n'avons pas tous la même couleur de peau. Ne croyez pas que certains viennent de se laver et que d'autres sont encore sales! dit-il en plaisantant. La raison est que notre couleur varie avec notre âge. A la naissance les bébés sont presque blancs, puis ils verdissent en grandissant. A l'âge adulte le vert fait place au vert-jaune, puis au jaune, puis au jaune-oranger, et à la vieillesse, notre peau devient marron de plus en plus foncé. Si je vous dis que notre durée de vie est en moyenne de 190 ans en années terrestres, vous pouvez deviner à peu près notre âge en fonction de notre couleur de peau. Voyez-vous, chez vous les nouvelles recrues, ce sont des bleus, chez nous, ce sont des verts.


Cette plaisanterie amusa beaucoup les Terriens et aussi les Yanitiens.


Après deux bonnes heures de questions-réponses passionnées, le Président intervint.


- Merci pour toutes ces informations qui ont intéressé nos équipes et merci aussi de bien vouloir continuer dans nos relations pour des découvertes plus précises. Je voudrais terminer cette réunion par l'aspect stratégique de votre mission. Je vous demanderai simplement d'expliquer l'objectif principal que vous recherchez en venant sur la Terre.


C'est Théo qui répondit :


- Monsieur le Président, l'objectif "Terre" a été pour nous un objectif prioritaire dans notre politique spatiale. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, la Terre est la planète habitée la plus proche de la nôtre. Il est donc naturel que nous nous y intéressions en priorité. Mais il y en a d'autres qui sont un peu plus loin et pour lesquelles le voyage, même à des vitesses relativistes demanderait plus de temps. Pour le moment nous en avons détecté trois autres sur lesquelles nous pensons qu'il existe une civilisation évoluée. A la condition que vous acceptiez l'implantation d'une base Humano-Yanitienne sur la Terre, celle-ci nous servirait de relais pour aller plus loin. Nous avons besoin de ce relais et aussi de votre aide. En retour, nous vous offrons notre technologie, qui, je l'espère vous sera utile dans vos propres programmes spatiaux. Je dois préciser aussi que pour nous, l'atmosphère terrestre, pour des raisons physiques n'est pas idéale pour notre survie. La conséquence est que nos bases seront des espaces de travail clos dans lesquels nous rétablirons artificiellement les conditions de vie adéquates. Nous pénétrerons par des sas. Vous, Terriens, par contre, ne seraient aucunement gênés par ces conditions. Nous vous solliciterons pour nous allouer des terrains dont nous vous indiquerons les dimensions ultérieurement. A mon tour de vous poser une question : seriez-vous d'accord avec ce principe, sous réserve évidemment que vous connaissiez tout ce qu'une telle implantation suppose?


Réponse du Président :


- Je pense sincèrement qu'une nouvelle ère dans l'exploration de l'espace s'ouvrirait pour nous si nous travaillions ensemble. Je ne vois aujourd'hui aucun inconvénient à accepter une base Humano-Yanitienne sur le territoire de mon pays; comme vous l'avez dit, sous réserve de connaître la totalité de ce que cela exigerait. Je pense aussi que le Secrétaire Général des Nations Unies pourrait poser la question aux autres nations éventuellement intéressées.


- Bien évidemment répondit le SG. J'organiserai une réunion de travail à ce sujet dès que possible.


- Voilà, dit Théo, le résultat que j'espérais pour notre première rencontre. Sur le plan politique et technique, je suis sûr que nous aboutirons. Il nous restera à imaginer des solutions au plan économique car de nombreuses questions se posent. Il nous faudra créer une monnaie d'échange pour le règlement des prestations mutuelles ou un système de troc évolué. Serons-nous obligés de créer un fond monétaire interplanétaire? Quelle juridiction sera-t-elle compétente pour régler les difficultés éventuelles? Voilà du travail pour nos économistes et nos juristes. Ce sera un défi que nous relèverons avec plaisir. Nous trouverons des solutions j'en suis persuadé.


- En effet Théo, intervint le Président. Voilà des sujets complètement nouveaux sur lesquels nous aurons à travailler. Peut-être ne serons-nous pas les seuls à avoir à les traiter dans notre Galaxie, et peut-être ont-ils été déjà traités depuis des millions d'années. Mais nous n'aurons sûrement pas accès à une documentation galactique, alors nous imaginerons ensemble les solutions.


Théo se leva pour faire une conclusion :


- Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur le Président des Etats-Unis, Monsieur le Directeur du contrôle des satellites de Cap Canaveral, Messieurs et Mesdames les participants, nous vous remercions infiniment de votre compréhension et de votre esprit de paix. Maintenant que la communication est établie entre nous, les futures réunions apporteront, j'en suis persuadé, une moisson d'éléments positifs pour notre coopération. Dès demain un programme de contact vous sera proposé et vous nous proposerez aussi le vôtre. Nous nommerons une commission de coordination pour harmoniser nos réunions de travail. Nous aurons aussi un jour à parler de nos conceptions de la vie, de son origine, des mondes que les êtres pensants se sont imaginés ou de l'absence de ces mondes. Nous organiserons aussi, si vous le souhaitez, des réunions entre philosophes, métaphysiciens, scientifiques ou autres intellectuels. Ce sera l'occasion de méditer sur la représentation du monde que chacun se fait. Merci encore et à très bientôt.


Enfin le dernier mot devait revenir au SG des Nations Unies.


- Depuis quelques années nous avons eu l'habitude d'avoir à régler des problèmes planétarisés comme la pollution, les épidémies, le changement climatique, la répartition des ressources naturelles, … aujourd'hui c'est un événement encore plus exceptionnel que nous devons prendre en compte : un échange interplanétaire entre deux civilisations venant de planètes différentes. Nous aurons à imaginer de nouvelles façons de raisonner, en nous rapprochant d'avantage les uns des autres et en nous ouvrant d'avantage à l'Univers. Aujourd'hui, nous voyons notre système solaire plus petit, comme la Terre nous était apparue plus petite après le débarquement de l'homme sur la Lune. Que ceci nous incite à plus d'humilité et rapproche tous les vivants dans une même contemplation respectueuse de l'Univers et de la vie!


Les animateurs John et Dzéto échangèrent les coordonnées des participants afin qu'ils puissent se contacter individuellement selon leurs besoins. Théo, un conseiller du Président et un conseiller du Secrétaire Général firent de même. On se fit un "au revoir" en agitant la main dans la joie générale, avec même un peu de regret de se quitter, puis on interrompit les liaisons vidéo.