Je ne peux résister à l'envie de vous faire partager nos deux dernières journées...
Donc mardi matin, lever à 5 H 30, briefing à 7h15 pour une étape qui s'annonce longue qui se résume ainsi : 100 km de piste, 200 km de route, un bac, un gué, le passage frontière entre Guinée et Guinée bissao et quatre heures de pirogue pour dormir dans un hôtel de luxe.
D'abord la PISTE: difficile, des montagnes russes et des ornières énormes et déjà trois gués à passer (de l'eau jusqu'au capot quand même).
On arrive au BAC à 10 heures : déjà en retard sur les prévisions! Et là, surprise, le bac est bien là sur l'autre rive mais il faut attendre la marée pour commencer à faire passer les véhicules. On fait l'attraction du petit village du bac pendant plus de deux heures et les premiers 4X4 passent à midi et demie. On s'aperçoit qu'à raison de trois véhicules par passage et qu'il faut 25 minutes pour un passage, comme on est à 43 équipages, il faut plus de cinq heures pour que tout le monde se retrouve de l'autre côté!!!! L'organisateur décide donc de prendre la tête du convoi pour avancer un peu plus vite en guidant les navigateurs ou plutôt les navigatrices dont je fais partie. Nous, nous passons vers quinze heures.
On reprend la piste toujours aussi pourrie et à la radio on nous signale que le GUE prévu dans le road book est trop haut donc infranchissable. On prend donc une déviation qui nous oblige à faire 50 km en plus toujours sur une piste pourrie bien sûr! On avait RDV à la frontière, nous, nous y arrivons vers 18 heures, épuisés mais contents d'être là avant la nuit. On a dû bivouaqer sur la place du village juste avant la frontière car les derniers au bac ne nous ont rejoints que vers 22 heures. Il faut décaler tous les hôtels des jours à venir, pas évident!
Le lendemain matin, on repart pour 20 km de piste et la FRONTIERE. On a un guide local qui nous aide pour les formalités, il nous prend tous les passeports et nous dit d'attendre « les tampons ». On passe un premier poste, pas de tampons , un deuxième toujours pas de passeports, on continue la route en « clandestins » et sans papiers. En effet le convoi se fait arrêter à un des innombrables barrages de police et on ramasse cette fois toutes les cartes grises des véhicules.
Maintenant il faut garer les 4X4 dans un hôtel près de la capitale Bissau et prendre la pirogue vite, vite car la marée va redescendre. Sic! Mais au moment où l'on enfile les gilets de sauvetage, le service d'immigration décide de nous répertorier: on perd encore presqu'une heure sur la marée. Enfin on va vers la PIROGUE, un grand bateau de bois sans siège, creux, sans pont, on se range donc sur le bord de la coque et sur les traverses de bois au milieu du bateau. Je vous laisse imaginer le confort: assis sur une poutre de trente cm de large, les jambes pendantes au dessus du vide! et ce pendant cinq heures et demie. On a le temps d'avoir des fourmis dans les jambes plusieurs fois! Il était 17 heures quand le moteur de la barquasse a bien voulu démarrer, on a vu un beau coucher de soleil et très vite on s'est retrouvés plongés dans l'obscurité la plus complète (obscurité exigée par l'équipage pour faciliter la navigation) pendant environ trois heures. Facile d'imaginer que nous vivons Lampedusa: 80 silhouettes avachies sans papiers avec un minimum de bagages que l'on dirige à vue vers une destination inconnue. De quoi flipper un peu! Enfin on acoste auprès d'un hôtel paradisiaque sur une île magnifique avec des lodges-vue sur la mer. Je peux vous assurer qu'à 1 heure du matin quand on s'est couché, on était enfin heureux d'être quelque part au frais et c'est de la terrasse de notre chambre que je vous écris, un margouillas ou gros lézard vient de passer près de mes pieds, la mer est en face et mon mari fait la sieste... Demain on repart, mais sur des embarcations plus petites et plus performantes soit-disant, car ici on peut vraiment dire qu'on ne sait jamais de quoi sera fait demain!