Dans son sommeil, Laura joue avec une bague surmontée d’une pierre. Elle fait glisser cette alliance sur le lisse de la chaîne à son cou la retenant à l’évidence. Ses ongles peints jadis de ses mains naviguent sur les mailles, elle s’autorise et imagine encore plus de plaisir. Ses duvets se hérissent, les frissons naissent, le délice de ses pensées glissent sans accroche.
Le matou s'approche d'elle, des crocs il coupe les mailles à son cou. Mademoiselle Flanelle, abandonnant pour un instant à l'oubli le jeu de flèches et de mots, se retourne sur le dos. Les rais d'une loupiote espionne s'orientent via une voie suspendue au-dessus d'une plage mauve, le drap ose, glisse, découvrant le saillant d'une de ses hanches.
Laure vivante se repose simplement. Son regard navigue sous ses paupières et égraine alphabétiquement des noms, des réponses inscrites sur des panonceaux édictés : des orientations semblables à des destinations toutes prévisibles. Des univers prisons en destination. Plus bas, aux plis de sa chemise, les prémices de son pubis se dessinent. Ses doigts hésitent à poursuivre.
- Oublie toutes choses !
Mais qui donc lui parle ?
Certainement pas le félin qui renifle les émanations de sa peau. De la commissure de sa mâchoire, l’animal dépose sur le revers de son menton l'empreinte de son territoire pour l'inviter à rejoindre le ponton, là où ne réside plus qu'une seule embarcation, la sienne, son exception. Toujours la même d'ailleurs : celle échouée aux rivages de son imagination où ne réside plus qu'un point d'interrogation. Elle ne se rappelle pas pourquoi cette petite île ronde et noire surmontée d'une sorte de serpent sur un océan de non-réponse est ici et depuis quand ? Elle était déjà présente à sa mutation dans cet organisme qu’est la vie, il y a bien longtemps...
Le greffier se love au creux de sa gorge. Elle se remet sur le ventre, les dessous du lit tombent dévoilant d’autres courbes. Un vieux poste de radio acier poli, oublié là sur un coin d'une étagère en merisier vieilli, crache maladroitement les notes d'un Blues mixé en Salsa. Mécaniquement, insouciante, elle tend la main vers la fenêtre d'une chambre offerte en dehors de toute description. Sur la serrure, seulement une clé. A son anneau un médaillon brillant qui vacille. Au centre, toujours le nombre treize qui tourne et se détourne l’invitant à tenter à nouveau sa chance. Laure hésite, Le chat augmente ses légers soubresauts « ronrons et rond patapons ».
Aparté : Entre les riffs d’une Gibson usée et les éclats de notes chaudes, blanches rondes et noires d’un piano hispanique, d’un sax cuivré bien astiqué, mademoiselle Flanelle songe à son existence devenu sans trop de nuances. Elle se laisse embarquée, entraînée par une subite envie de danser. Elle se déplace, flotte, se dirige vers l’embarcadère, se détourne. Désormais, elle semble bouger sans se soucier des autres. Les forces en elle lui font front. Les plis de ses ailes se froissent en rythme tranquille, son bassin navigue d’avant en arrière, elle se cale contre le souple de son matelas de plumes, cette assise à voyager, lentement, le trait de ses courbes épouse rapidement le contour des sons de l’au-delà, elle se laisse aller, porter, relève les bras à la façon des señoritas, se permet en cadence de dériver, son talon parfois claque encore sur le souvenir du sol salin, sous le large aux abords de son corsage, elle se baigne entre les flots des accents latins.
Elle se sent bien. Elle sait qu’ici plus personne ne l’observe.../...
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