Alain Gobert Published on June 30, 2008
by Alain Gobertpro

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Les papillons ont-ils disparus ?

Monday June 30, 2008 at 09:22PM

Jeudi dernier, un nouveau message est déposé dans mon guestbook. Une question plus qu’un message : « les papillons sont ils moins nombreux cette année que l’an passé ? ». Je ne m’étais pas inquiété de la situation ayant pris quelques beaux clichés de ces lépidoptères cette année. Je renvoi un mail rassurant mais la question me tracasse, m’interroge. Ne serais-je pas trop positif ? Ais-je vu autant de papillons cette année que l’an passé ?

Une petite enquête est nécessaire. Je décide d’aller sur place. J’interrogerais les animaux.
 
Une panorpe habillée de jaune et noir m’accueille à l’entrée du chemin.
 
-          « Bienvenue » dit-elle, « votre enquête est importante pour notre colonie. Nous débarrassons la nature des insectes morts ou mourants, s’il n’y a plus de papillon, nous allons manquer de nourriture. Vous trouverez tout près d’ici quelques ombellifères. Ces fleurs offrent la nourriture en abondance aux amateurs de nectar. »
 
J’ai beau chercher au cœur des premières fleurs, pas un insecte. J’aime la couleur tendre des bouquets de ces ombelles. Je ne sais pas les reconnaitre. Je confonds la carotte sauvage du podagraire, la ciguë de la berce et tout est à l’avenant. Peu importe, il faut que j’aille plus loin. Il y a de la vie sur celle-ci. Mon insecte préféré, la mouche bleue, ne me regarde même pas, elle me tourne le dos, ne souhaitant pas répondre à mes questions. Une argide au corps orangé voudrait bien me parler mais le calliphore lui fait les gros yeux. Une espèce de statiome cache sa tête dans les pétales, fait semblant de ne pas me voir. Quelques coléoptères minuscules réunis en syndicat n’ont rien vu.
 
-          « Allez plus loin, me conseillent-ils ».
 
Une nuée de moustique me chasse aussitôt de l’endroit.
 
Plus loin c’est une dizaine de « cétoines grises » que j’interroge. Je n’ai pas le temps de poser ma question, elles sont trop occupées à la reproduction de l’espèce. Elles ont un deuxième nom, on les appelle « draps mortuaires ». On devrait les appeler « veuves joyeuses » pensais-je tout bas.
Une panorpe mâle s’arrête près de moi.
 
-          « Veuillez les excuser, le manque de papillon ne les intéressent pas, ils préfèrent dévorer les fleurs, les blanches de préférence. Posez votre question de façon moins précise et vous verrez, le monde des insectes est assez sympathique».
 
L’ombellifère suivante est plus blanche, elle exhale une odeur sucrée de campagne. Le vent la fait balancer tendrement. Quelques insectes gros comme des têtes d’épingle sont occupé à manger.
 
-          « Bonjour messieurs dames, on m’a dit que certains papillons viennent prendre le repas par ici. Est-ce bien vrai ? J’aimerais les prendre en photo. ».
 
Le premier coléoptère, le nez collé dans son assiette me répond avec une voix presqu’inaudible : 
 
-          « Y’a longtemps que j’en ai pas vu trainer dans le coin. ».
 
Le second me signale avoir aperçu l’ombre d’un battement d’aile qui correspondrait à ce que je recherche.
 
-          « Allez voir le charençon » me dit-il, « il est bien renseigné ».
 
Je pose un genou à terre et cherche parmi les feuilles. C’est lui qui me repère le premier, il n’a pas de mal, je ne fais pas de régime. Confortablement installé sur le bout d’une feuille, il s’adresse à moi de sa gorge rauque :
 
-          « Vous cherchez des papillons ? Je vais vous dire. Approchez un peu ».
 
Je me rapproche de ce bel insecte. Il semble âgé, il est grisonnant les deux antennes en massue dressées dans le vide.
 
-          « Ecoutez, cher ami, les papillons viennent tout juste de se réveiller. Ils sont occupés à se donner des vitamines. Si vous cherchez sur ces inflorescences en ombelles vous ne trouverez pas vos modèles. Cherchez plutôt du coté des oreilles de lièvres ».
 
Sur ce, il disparaît de l’autre coté de la feuille me laissant interrogatif. Que pouvaient bien donc être ces oreilles de lièvre ? Je me redresse. Sur l’ombelle, face à mon nez, deux cantharides s’occupent à agrandir la famille.
 
-          « Excusez-moi, monsieur Rhagonycha fulva, je cherche les oreilles de lièvre. Où puis-je les trouver ? ».
 
Je l’entends dire :
 
-          « Scabieuse des champs, langue de serpent ».
 
Je pense qu’il insulte sa femelle lorsque je me rappelle que ces noms sont ceux de la knautie, une herbacée vivace, commune aux bords des champs. Il en existe environ une soixantaine d’espèces. Une seule me suffira. Je l’aperçois au loin. Le charençon avait raison, première fleur, premier papillon. Il est blanc et noir, bien contrasté. Une marge sinueuse blanche au bord des ailes, les macules grises. Il s’agit d’un demi-deuil.
 
-          « bonjour monsiheuuu…, madaaame ». Je ? »
 
Je bafouille, n’ayant pas vu le verso de l’aile postérieure. Les femelles ont pour coquetterie la présence d’une suffusion jaunâtre. Elle me regarde de son œil noir.
 
-          « Mademoiselle si vous le permettez. Bon ! Allez-y. Posez votre question ».
-          « Les humains s’inquiètent de la disparition des papillons cette année. Vous seriez apparemment moins nombreux que l’an dernier ? Quel est votre avis ? »
-          « Vous savez, je viens de naitre, je n’étais pas là l’an dernier. Allez voir les piérides, ils aimeront votre histoire. »
 
A deux pas, en effet, une piéride que je n’avais pas remarquée trempe la paille de sa trompe dans une camomille. Je lui pose ma question.
 
-          « Je ne répond pas aux enquêtes. J'ai des SPAM dans ma messagerie, mon téléphone mobile qui sonne sans arrêt pour de la publicité. Si on ne peut même plus être tranquille au restaurant. Grrrr ! »
 
Flap ! Flap ! Il s’envole en colère me laissant sur le carreau. Il se pose plus loin au milieu d’un champ, sur de nouvelles camomilles offertes à sa dégustation. Je l’entends encore râler de loin.
Un longicorne en livrée brune se marre de ma déconvenue.
 
-          « Vous avez l’air bien nigaud mon bon monsieur. Je vais vous chercher Pieris. Il est moins râleur que son frère ».
 
Il s’éloigne et disparait. Quelques secondes plus tard, Pieris apparaît. Son allure est belle, les ailes blanches avec de belles nervures blanches bordées de gris. Les yeux tachetés de gris sont d’un bel effet.
 
-          « Excusez mon petit frère, c’est un frondeur. Il voulait être né « du choux » et nous sommes des  « de la rave ». Notre livrée est moins jaune mais nous somme très semblable. Mais je vous embête avec mes histoires de famille ? Que voulez vous donc savoir ? »
 
Mon discours est rodé, mes explications plus claires. Pieris comprends vite et bien. Il me répond de façon tranchée :
 
-          « La saison n’est pas encore suffisamment avancée pour déterminer ce point avec précision. Je ne pense pas que nous soyons moins nombreux. Les champs sont moins traités et nos chenilles se développent normalement. Bien sur, nous n’aimons pas les dernières gelées et cette année nous n’avons pas été trop gâtés, il y a eu de la neige en début d’avril. Si vous souhaitez vérifier ce point, tournez à droite sur le chemin, vous y trouverez des bleuets et certainement des cousins à nous réveillé par la chaleur de l’été. »
 
-          « On m’avait parlé de knautie... »
-          « Par ici, vous voulez rire ? Vous n’en trouverez pas. Si vous en trouviez, venez me les signaler. J’adore ça. »
-          « Merci beaucoup de tous ces renseignements. Passez une bonne journée. »
 
Sur cette explication, je m’éloigne et tourne sur le passage qui s’ouvre à droite. Un coquelicot, les bras en l’air me dit de faire attention, je lui marche sur les pieds. Plus loin, comme attendu, des bleuets et, en nombre, une famille de demi-deuils. Je suis rassuré, les papillons sont présents. Bien présent même. Je prends mes photos, de dos, de face, de coté. Mon excitation les énerve. Ils envoient une nuée de moustiques. Je ne peux plus cadrer correctement, mes photos sont floues. J’ai compris le message. Je me calme. Je m’assoie près d’eux, les observe sans bouger. J’utilise l’appareil pour une dernière photo, me relève. J’en sais suffisamment pour ce début d’enquête.
 
Je devrais retourner régulièrement sur le terrain pour la terminer.
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22 Comments / add your comment?

Juan E. pro says:
Donc si Alain par ma terre (les Iles Canaries) il y a chaque fois moins des insectes, mais à changement étant donné quelques desaprensivos nous avons des serpents californiens, des perroquets et cacatúas de toutes classes, choses de la globalisation jajajajjaa
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Celà donne envie de voyager dans ces iles magnifiques.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Françoise Delestrade pro says:
Bravo Alain pour ce superbe récit. J'attends avec impatience la deuxième partie de ton enquête.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Peut être la continuerais-je avec toi.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Roland Platteau says:
on dirait du Jules Renard !
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Ca Roland, c'est un compliment qui me touche énormément et que je ne crois pas mériter. J'adore Jules Renard.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Roland Platteau replies:
Alors peut-être connaissez-vous le livre du dessinateur FRED "Le journal de Jules Renard lu par Fred" , ça a paru en feuilleton dans "Le Matin" dans le temps, j'ai fini par l'acheter, c'est une pure merveille de rêve et de contemplation, j'en parle un peu ici: miiraslimake.over-blog.com/archive-11-27-2007.html
et quelques citations de plus:
*"Il faut toujours casser la glace qui se reforme dans le cerveau pour l'empêcher de geler." (Jules Renard)

* "Moi, j'aime à lire comme une poule boit, en relevant fréquemment la tête pour faire couler." (Jules Renard)
(moi aussi j'ai tendance à lire comme ça)

* "J'avais un ami qui ne coupait pas son blè
.... de peur d'abimer les marguerites"
(Jules Renard)
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Je ne connaissais pas mais je retiens l'idée de lecture. Encore merci.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Ray Harduin pro says:
Bravo Alain, un vrai régal...mais, tu as de la chance, je suis allée à l'entrée du village voir les arbres à papaillons ! je crois bien que c'est la première fois que je vois ces arbres sans un seul papillon !
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Il faut y retourner encore, les papillons sont tardifs peut-être ?
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
touni says:
ton récit nous tient en haleine jusqu'au bout !!!! bravo et merci pour ce moment passé avec les insectes que tu as su si bien nous conter !!!!!!!!!!!!!!!! vraiment excellent !!!!!!!!!!!!!!!!!!
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Merci beaucoup Touni
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
eaudelà says:
Récit original.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Merci eaudelà et bienvenue sur mon espace.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Christine Valin pro says:
I notice that there are more butterflies when people don't cut the grass around their houses. They need the wild flowers to survive. I let them grow and when the summer is over, I cut the grass and wild flowers, so that I give them a chance to survive. People use too many insecticides too and that is not good. Alain you can reply in French as I understand French but cannot write it. Hope you understood what I want to say.
Posted 4 months ago. ( permalink )
Alain Gobert pro replies:
Je suis d'accord avec vous Christine, les insecticides ne sont pas une bonne chose. Les agriculteurs ne sont pas les seuls à en mettre et parfois les produits du jardins en sont plus imprégnés que ceux des cultivateurs. La disparition des insectes fait disparaitre l'ensemble de la chaine alimentaire (oiseaux, renards) mais aussi la reproduction des plantes (pollennisation, transport dans les fientes des animaux, ...). Le monde change, heureusement dans le bon sens aujourd'hui.I understand English but cannot write it.
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
ComputerHotline says:
En tout cas, chez moi, il y en a plein. Il sont en semi-liberté à la MDE.

--
Seen in alain.gobert home page (?)
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
J'ai déjà repéré ce lien en cherchant des serres à papillons. Il en existait une sur Epernay mais elle a fermé. Je retiens cette adresse pour une visite éventuelle.
Posted 3 months ago. ( permalink / translate )
Dulcinée pro says:
Petite je vivais en pleine nature, il y avait de la vie a foison, j'ai le souvenir sous mes pas de voir le monde bouger, c'était dans les années 60, j'ai acheté mon APN l'année dernière et là a ma grande surprise je n'ai vu qu'homogenité , c'est a dire partout pareil, je suis allée voir les quelque plantes de la terrasse 50 pour 40² et j'y ai trouvé plus d'abeilles qu'en campagne, j'avouais ne pas comprendre, c'est ainsi que je me suis lancée dans la macro, j'ai trouvé normal que sur ma terrasse au 2ème étage, il y ai peu de faune !

Cette année pour continuer a photographier les abeilles, nous avons planté plus de fleurs ( je ne compte plus les espèces ) et avons laissé la flore sauvage, nous avons eu des osmies pour commencer, puis des anthene, des abeilles domestiques, des hylaeus, des colletes, des bourdons, la plus part des insectes photographés viennent de la terrasse, des syrphes, et quelques sauterelles vertes dont j'ai pu photographier la croissance ! et puis les oiseaux, sur 40m² ! mais trop peu de papillons, conclusion, la richesse est encore là mais tres fragile !
Posted 3 months ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Les yeux d'adultes ont les souvenirs de l'enfance. La vie existe toujours, fragile, comme tu le signale. Il faut s'efforcer de la montrer aux enfants qui nous succèdent pour que les souvenirs se perpétuent et que l'équilibre fragile de la nature soit préservé.
Posted 3 months ago. ( permalink / translate )
Luc Durocher says:
Et puis, Alain, moins ou plus de papillons cette année.

Ils étaient beaucoup moins nombreux au Québec.

Bravo pour cet article. Inspirant il est.

Luc
Posted 2 days ago. ( permalink / translate )
Alain Gobert pro replies:
Je pensais faire un nouvel article qui aurait suivi celui-ci mais je manque de temps et ne sais trop comment orienter ma conclusion.

J'ai l'impression d'avoir vu beaucoup plus de papillons cette année mais j'ai aussi les yeux plus acérés. J'ai aussi photographié beaucoup plus de scènes de reproduction mais certains endroits où j'avais l'habitude d'en trouver étaient déserts.

Il ya eu a mon avis de non spécialiste un décalage de calendrier.
Posted 40 hours ago. ( permalink / translate )

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