Voici le Vent qui funambule
Me réveillant en pleine Nuit,
Sur mon épaule tentacule…
…Sous le duvet je me blottis !

Alors, s’envolent les ardoises,
Tout comme les tapis volants,
Au-dessus des maisons pantoises
Et les chemins environnants.

Sous les draps, me gagne la peur !
Lorsque l’arôme d’un parfum
Vient me tirer de ma torpeur,
Dissipant un rêve importun :

Je me souviens que, sous la Terre,
La Camarde qui m’emmenait
Arrachait d’humbles primevères
Et tous les muguets se fanaient.

A son cou, brillaient des opales
Et, dans le crin de ses cheveux,
On discernait de verts sépales
Qui s’enroulaient autour d’un feu !

Me regardant d’un œil farouche,
Les bras en croix, les dents serrées,
J’entends encor ce que sa bouche
Me disait pour me rassurer !

Pourtant, la route fut exquise
Car guidée d’un gant de velours
Et la voix qui m’avait conquise
Ne disait que des mots d’amour.

Je me suis allongée dans l’herbe
Qui avait l’odeur de la pluie
Et découvert un ciel superbe
Dans une gerbe de rubis !

Un corbeau noir dessus la branche,
Qui me parlait en Javanais,
M’a révélé que ce Dimanche
Refleuriraient tous les muguets…

…A la lueur d’une chandelle,
Je frotte mes yeux embués,
Mon cauchemar, à tire d’ailes,
Dans le néant, s’est envolé…

…Il ne m’en reste qu’un parfum,
Un relent de « je ne sais quoi »
-Un peu de myrte byzantin-
Qui embaume mon feu de bois !

(c) Cypora Herszhorn-Sebagh