Montaigne

Dès que nous interprenons de vivre seuls débarrassons- nous de tous les liens qui nous attachent aux autres. Gagnons sur nous de pouvoir vraiment vivre seuls et vivre de cette façon à notre aise.
Assurément, l'homme intelligent n'a rien perdu s'il a encore lui- même.
Il doit avoir pris congé de toute espèce de peine quelque visage elle porte et fuir en général les passions qui gènent la tranquilité du corps et de l'âme, choisir aussi la route qui est la plus conforme à ses goùts. J'aime, quant à moi, que des livres agréables qui me charment ou ceux qui me consolent et me conseillent pour regler ma vie et ma mort.
En matière de travail il faut garder seulement celui qui est nécessaire pour nous tenir en haleine, pour nous préserver d'inconvénients que traine après elle une oisivité molle et assoupie.
Abandonnez avec les autres voluptés celle qui vous vient des applaudissements d'autrui : que tout le peuple vous soit comme une seule personne, vous et un seul compagnon vous êtes l'un pour l'autre un théatre bien suffisant , ou vous pour vous-même.

Montaigne