Chaton
Lorsque Chaton est arrivé s'installer chez nous en quittant la maison voisine où il n'avait pas le droit de dépasser le seuil, malgré l'hiver approchant, je pleurais la mort de mon chat bien-aimé. Mon chagrin était grand et je croyais de ne plus jamais vouloir en prendre un autre . Pendant ce temps notre espace non protégé devenait le terrain de chasse pour tous les chats du cartier qui le marquaient généreusement : les haies, la boîte à lettres, les portes de la maison empestaient la pisse de chat .
Chaton, âgé de 8 mois à l'époque, a gagné nos cœurs par sa volonté d'y mettre de l'ordre. Son courage dépassait ses forces physiques, et pour chasser les intrus il appelait souvent à notre aide par des cris désespérés. Il est intéressant de remarquer qu'il laissait tranquilles les hérissons, les poules et autres ragondins , bannissait seulement ses congénères.
L'hiver est passé, Chaton dormait dans notre lit et autour de la maison la vie reprenait, parfumée de fleurs de pommiers et de lilas .Les faisans élevés dans la ferme voisine pour être tués par "meussieurs" les chasseurs, marchaient sur notre terrasse, les lapins se réfugiaient dans la remise. Un soir j'ai vu un jeune renard qui, hissé sur les pattes d'arrière , regardait dans le séjour par les vitres de la port-fenêtre.
...Et puis, un beau matin d'avril, j'ai vu sur la pelouse l'étrange chose : un cercle formé d'un groupe de chats en position de start, les têtes orientées vers le centre du cercle où gisait un lapin mort.
Chaton était avec eux, faisait partie de la compagnie.
Les yeux du mort étaient fermés, mais ses flancs se soulevaient convulsivement.
J'ai hurlé, j'ai sauté dans le cercle en distribuant les coups de pied sur les gueules, sur les dos.
Le "mort" détalait et je comprenais que Chaton ne deviendra jamais mon Chat Bien-Aimé.
Lui aussi l'a compris et devenu exclusivement le chat de Christian, qui NE SAVAIT PAS.
L.