Le Refuge . Printemps

Nous habitions alors le sixième étage d'une tour au bord d'océan, et besoin de la verdure nous a poussés d'acheter une parcelle de 2500m² dans une forêt proche.
Il y avait une petite cabane sur pilotis, sans l'électricite, mais le terrain avait de l'eau courante. Nous y passions tous les week-ends, en nous imaginant à la montagne, nous lavant dehors à l'eau froide, en regardant les écureuils, les loirs et les hiboux qui vaquaient à leurs affaires.
Au commencement nous avions un peu peur, le village se trouvait à une dizaine de kilomètres, et la nuit nous écoutions , inquiets, les voitures passer sur le chemin, les lapins trottiner sur la petite terrasse et les chauves-souris s'agiter sous le toit . Puis, on s'est habitués.
Un jour nous avons reçu une visite : le propriétaire de la ferme voisine, éleveur de vaches, escorté de ses deux chiens.
Apparition élégante - le survêtement et les chaussures Nike, les bras chargés de branches de cerisier pleines de fruits.
L'espace de la cabane rempli d'un coup de nos cinq corps, une conversation a suivi, aisée et littéraire, ornée des citations préférées de notre visiteur et interrompue par les accès de grattage frénétique du vieux chien qui sécuaient notre léger habitacle.
Nous avions tout fait pour ne pas montrer notre gêne, pour imiter son maître qui regardait le vieux avec compassion , sans le moindre geste d’agacement.
Nous avons appris que ce chien a travaillé comme vacher toute sa vie, jusqu'au jour où il a fait clairement comprendre que c'est fini, qu'il prend sa retraite.
Alors, le deuxième chien a été acheté (ces chiens coûtent beaucoup d'argent), qui a été instruit par le vieux, et qui fait le travail maintenant. L'autre se repose.
La vie continue, avec ses petites leçons parsemées ici et là.
P.S.
Plus tard nous avons vendu notre Refuge à un jeune couple avec un Saint-Bernard qui manquait d'éspace dans l'appartement :-)).

L.