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Armando Taborda's Blog
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December 2nd, 2009

la trompette de Miles Davis

L’homme est là à présent avec son cœur, avec ses mains, avec les signes qu’il sait tracer, ceux du corps et ceux des carnets, avec son sexe et avec sa pesanteur.
Anna n’a pas peur de la pesanteur de l’homme, elle appuie sur les creux et empêche la trompette de Miles Davis de s’insinuer en elle dans son sommeil.
Ce n’est pas qu’Anna n’aime plus Miles Davis, ou les notes d’après minuit, mais elle n’aime pas quand sa trompette essaie de venir là, dans le creux du manque.

La pesanteur de l’homme essaie bien de se faire aussi imprévisible que la trompette de Miles Davis. C’est si beau alors les éclipses… Un fou rire de gosse qui n’en finit pas, un gémissement long qui s’écoule dans la gorge d’Anna Mélia, un regard yeux perdus dans l’herbe folle de ses possibles.

Miles Davis a appelé Anna Mélia au milieu de la nuit, elle dormait tout contre l’homme qui lui offrait l’appui de son dos pour y poser son ventre. Quand Anna Mélia a ouvert les yeux, Miles la regardait, il ne souriait pas. Il n’avait pas sa trompette non plus et Anna s’est demandé avec quoi il avait lancé les notes de son appel. Anna Mélia a demandé à Miles ce qu’il voulait, il n’a pas répondu, a continué de la regarder. Puis Anna a senti en travers de son corps la trompette, pour la première fois depuis longtemps.

" Tu veux ta trompette, n’est-ce pas ? " Miles Davis a acquiescé.

Mais Anna ne savait pas comment faire sortir la trompette de son corps. Miles a bien essayé de siffloter, de murmurer le début de " round midnight ", la trompette ne venait pas.
L’homme dormait si bien qu’Anna n’a pas voulu le déranger.

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November 24, 2009

Je suis née hier

Je suis née hier

Je portais sur mon front nu

La marque de mon sang

Entre mes cuisses

tout le sel de la terre

à mes poignets

le bleu de mes cendres

sur mes pieds

ce rouge étonné

au bord de ma nuque

les mots des baisers

sur mes seins

une tresse de mains

au creux de mes hanches

les histoires que murmuraient

le flot de mon corps



Je suis née hier

de mes eaux dormantes

de mon temps suspendu

de mes minuits incertains

de mes traces de l’avant

de mes constellations égrenées

de mes sorts conjurés



Je suis née hier

Au vent de ton souffle

Au poivre de ta voix

Au soc de tes mains

A la terre de tes mots

A la chair de ton corps

A la lumière de ton regard





Je suis née hier

Je portais dans mes mains

Le frémissement de nos voix

Au creux de mon oreille

Le chemin de nos vies

Au bout de mes doigts

Les caresses inventées

Au bord de mes lèvres

Les mots faits pour nous

Au fond de mon ventre

Ce chant des sirènes

dans mon cœur

la mesure à feuille temps

Dans mes yeux perdus

Ton regard qui m’a vue

Et m’a faite femme

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November 14, 2009

leur danse



Anna Mélia danse pour l’homme. L’homme la regarde, il voit les traces dans l’air, il voit les gants qui s’élancent, il sent les doigts se retourner comme dans certaines danses orientales. L’homme ferme les yeux aussi pour sentir avec les signes de son corps à lui la danse d’Anna Mélia.

Anna Mélia danse pour l’homme, c’est très différent de danser le manque. Comme ça avec ses yeux d’abord qui absorbe les gestes, avec tout son corps en attente aussi, l’homme se prépare à danser avec Anna Mélia. Elle le sent et son corps lui dit " d’accord ". L’homme ne sait pas danser, il sait la danse d’Anna Mélia, il sait son corps à elle et son corps à lui.

L’homme se lève, il a attrapé une corde qui était là par hasard, l’enroule autour de la taille d’Anna Mélia. Anna tourne sur elle-même, la corde se défait mais juste quand elle quitte son corps elle la rattrape.

Il dansent à présent avec la corde tous les deux. Ils se tirent, ils luttent et c’est une joie, ils se quittent, se reprennent, se lâchent, se serrent, se savent. Quand Miles Davis a fini son solo, ils se regardent, haletants, un peu étourdis, ils éclatent de rire. Leurs joues sont roses et leur cœur gonflé.

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November 11, 2009

je suis venue

Je suis venue ce soir

vous dire

tout ce que ma peau

écrit

en signes sombres



je suis venue

mains nues

vous porter

le parfum de ma nuque

en boucles



Je suis venue

poser l'ancre

de ma hanche

sur votre port

tranquille



je suis venue

étiez-vous là ?

le goût de sang

de votre bouche

m'arrime ici







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November 10, 2009

I don't smoke anymore

J’ai fumé la nuit,

tiré dessus

Gauloise rouge

Le silence épais

de la fumée

De mes vingt ans

Noyait le vacarme,

Gauloise bleue

De mes quarante ans



En fermant les yeux

Gauloise rouge

De mes vains temps

Je voyais s’enrouler

tous les instants

Brouillard sur la ville

De mes maintenants

La gauloise bleue de la nuit

Fumée à présent

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November 4, 2009

il est là

Comme si c’était partout dans l’air, comme si le son du sang de l’autre se propageait en ondes.
Certaines statues sont de connivence. Elles renvoient les ondes en écho magnifique. Il était là, à peine quelques secondes auparavant chuchotent-elles.

Anna Mélia ne le cherche pas du regard, cela ne sert à rien. Au contraire, elle ferme les yeux et plonge dans le tumulte de son cœur. Soudain il est là, il l’a toujours été peut-être, il n’y a pas de discontinuité.

Ils ne se touchent pas. Mille bras de vibration les retiennent si près si loin. C’est un élastique agréable, confortable. C’est pour cela qu’ils plissent les yeux de plaisir quand ils sont seuls. Quand ils se cherchent dans le musée, c’est toujours avec la certitude de se trouver et savoir battre la mesure pour l’autre.

Ils aiment encore les paravents, tous les paravents, les longs colliers, les écharpes, les statues, les appareils photos. Cela ne se met pas en travers de la vibration et cela fait gagner du temps.

" Du temps sur quoi ? " s’est demandé Anna Mélia plus tard. Sur la certitude. L’interstice est grignoté de plus en plus vite, savoir, ne pas savoir, savoir, ne pas savoir.

Ils se regardent. Le creux qui se dessine alors dans la poitrine d’Anna Mélia est l’exact contraire du manque des autres. Le plein pour soi. Le plein de soi à puiser dans le regard de l’autre. C’est si bon que les larmes viennent aux yeux.



Certaines statues sont de connivence
Certaines statues sont de conn…





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November 2nd, 2009

Victoria ne viendra pas

En attendant Victoria, Anna Mélia est allée boire un petit café. Il est tard, la fatigue traces ses signes sur le visage, courbe le dos déjà un peu rentré. Anna Mélia a quinze ans, peut-être seize. Elle ne peut pas se donner une contenance avec une cigarette, elle ne fume pas encore. Pas de baladeur non plus, Anna s’accroche à son gobelet en plastique marron longtemps après que le café a été bu.

Victoria a dit qu’elle n’était pas sûre de pouvoir venir ce soir et a donné un numéro de téléphone et une adresse à Anna, celle d’un YMCA. Anna serre le papier entre ses doigts, elle attend tout de même, Victoria pourrait venir.


C’est tombé sur elle d’un seul coup, la certitude que Victoria ne viendrait pas, le vent froid de cette idée a fait frissonner Anna. Elle a préparé ses phrases en anglais, avant de téléphoner, a préparé sa monnaie, a préparé son corps à un peu plus d’inconnu.

Le métro encore. La sortie du métro. Les autres jeunes à l’entrée du YMCA. L’odeur de la collectivité, une odeur qu’Anna connaît bien et qui fait rétracter certaines parties de sa peau.

Le lit qui grince, les draps usés par de nombreuses lessives, les allées et venues, les bruits dans le couloir, la porte qui s’ouvre plusieurs fois, le rai de lumière, les têtes dans l’entrebâillement de la porte, le corps serré autour du sac de voyage, les jambes fermées de peur.

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October 31, 2009

duel au soleil

jeu de lumière
jeu de lumière



La soif dans la gorge. Le rayon de soleil qui vient de la fenêtre s’est posé sur la gorge d’Anna Mélia, joue avec sa soif. L’homme voit cela. La gorge, le soleil, le jeu entre les deux, comme le soleil veut faire une écharpe à Anna, comme cette écharpe masque la soif en même temps qu’elle l’exacerbe.

L’homme voudrait se faire soleil, il n’a que ses mains. L’homme a ses mots aussi et Anna ne semble pas en vouloir. Avec l’homme, c’est différent cependant. Elle ne se moque pas, elle ne joue pas avec ses colliers ou ses écharpes pour détourner l’attention.. Elle dit " pas encore " et l’homme sent que c’est vrai, qu’il y aura un temps pour les mots. Les mots dans les carnets mais aussi les mots en collier ou en écharpe autour du cou.

Là, les mains de l’homme se font lumière jouant avec la soif d’Anna, avec sa gorge qui attend l’eau. Les mains en écharpe, c’est presque aussi bien qu’un solo de Bird pense Anna Mélia. Charlie Parker secoue la tête, il attrape son sax.

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October 30, 2009

la confiance



Si loin tout ça… Tout est inscrit dans les creux et cela se lit aussi dans les signes à l’encre. Il faut les boire pour les comprendre. Seul l’homme savait cela. Au début, Anna ne voulait pas se laisser lire. Mais l’homme traçait des signes sur son propre corps. Ce jour-là dans la forêt, le jour des signes en terre, il a laissé Anna suivre de ses doigts les chemins de boue. Lorsque Anna y a posé la langue, il a souri et dit " maintenant tu sais ".
Anna sait qu’elle ne sait pas et que son corps sait pour elle. L’homme lui a dit qu’elle savait au moins son corps à lui en plus maintenant. Cette confiance fait des respirations dans les possibles d’Anna. Cela ouvre et se ferme. La confiance donne et prend.

Anna n’a pas vraiment peur de souffrir car son corps sait que la souffrance fait partie de la respiration de toute chose. Le manque des autres fait absolument souffrir car c’est une souffrance qui n’est en rien lié à son propre corps. Le manque d’Anna est si bien lové à l’intérieur d’elle, il s’y est fait un creux confortable, rien d’effrayant là-dedans.

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October 28, 2009

un oeil sur l'eau


Anna Mélia a vécu sur une péniche autrefois. Le roulis, les clapotis, tout cela est inscrit quelque part entre la poitrine et les chevilles. Cela se berce encore à l’intérieur aujourd’hui. Anna choisit toujours de vivre près de l’eau, le mouvement se reforme pendant la nuit.


Le matin elle partait travailler au bureau. Elle jetait un dernier coup d’œil au hublot. Cela la rassurait de savoir qu’il y avait quelque chose pour veiller sur l’eau. Elle y pensait parfois là-bas, quand elle se faisait réprimander pour un oui ou pour un non, elle plongeait l’œil du hublot dans le clapotis de son corps pour veiller sur lui.

Anna essayait de contrôler mais c’était trop difficile. Elle partait tôt le matin pour rester des heures entières au musée d’Orsay, elle buvait trop dans les fêtes. Elle mangeait très peu, elle mangeait trop. Alors elle tombait. Anna ne sait toujours pas pourquoi son corps a su rester patient, l’attendre, lui lancer la tresse de mains pour l’aider à se relever, patiemment, chaque fois.



un oeil sur l'eau
un oeil sur l'eau

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October 24, 2009

Mind the gap



Londres. Le métro. Mind the gap. Toujours faire attention, message répété jusqu’à plus soif. Mind the gap. Anna traduisait comme tout le monde au début, attention au trou, attention au trou. Peu à peu " mind " a pris toute la place et elle entendait " pensez au trou, pensez au trou ". Mind the gap.

Anna se demandait qui leur demandait ainsi de penser au trou et pourquoi tout le monde avait l’air indifférent à ce message étrange. Anna Mélia se disait " mais pourquoi ne font-ils pas attention ? " Mind the gap.

Victoria n’était pas venue. Anna s’était glissée dans le métro, avait trouvé un endroit pour poser son sac, s’asseoir dessus sans trop attirer l’attention. Lorsqu’elle sentait un regard un peu trop insistant, elle changeait de station. Les piles de son baladeur étaient épuisées depuis longtemps. Mind the gap. Ainsi jusqu’au soir, jusqu’à ce que le message fasse partie d’elle-même, pour toujours.

Anna n’avait pas d’argent, elle a commencé à faire la manche pour pouvoir téléphoner à Victoria. A chaque fois qu’elle abordait quelqu’un, elle ne le regardait jamais en face mais posait sa main sur son bras. Il y avait suffisamment d’anglais gênés par ce geste pour ramasser les pièces suffisantes nécessaires pour un petit café et un coup de téléphone.

Le téléphone d’abord. Victoria a décroché à la onzième sonnerie exactement. Anna Mélia voulait dire " hello " et n’a pu sortir que " mind the gap ".

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October 23, 2009

Victoria

Anna Mélia sent la sueur coller partout, couler le long de son dos. Son sac pèse des tonnes au bout de son bras. Elle fait des allers retours incessants entre la gare Victoria et la gare routière qui curieusement s’appelle aussi Victoria. Et justement, c’est Victoria qu’Anna Mélia attend. Et Victoria ne vient pas. C’était avant les téléphones portables, tout ça, chaque voyage était vraiment une promesse.

C’est presque délicieux cette attente anxieuse de Victoria en transition entre Victoria station et Victoria coach station. Tous les possibles d’Anna commencent à s’ouvrir, cela fait des labyrinthes qui sauront se souvenir de cet instant-là. Mais c’est là aussi peut-être que l’angoisse et les possibles ont fait leurs creux.

Le caramel du corps se manifeste. La musique du baladeur répond mal aux signaux du corps, les soubresauts se chevauchent. Dormir dans le métro ce soir, dormir dans le métro ce soir, dormir dans le métro ce soir. Anna Mélia a quinze ans, peut-être seize.

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October 21, 2009

En transition

Comme ce jour d’adolescence. Anna Mélia est dans un car en partance pour l’étranger. Elle voyage seule, et déjà, regarde chaque passager comme une possible rencontre. Non, ce n’est pas exactement cela, même pas ça du tout. Anna envisage de l’intérieur chaque passager comme une rencontre possible. En réalité elle ne regarde personne, elle vit en dedans. Elle répond même à peine si par hasard elle est sollicitée pour un renseignement par exemple.

Le car va à Londres, il est au trois quart plein d’espagnols, Anna se sent en transition, l’Espagne, l’Angleterre. Les lumières et la fatigue ont un goût particulier, lumière crue, fatigue à blanc qui danse sur l’exaltation d’être là, en transition.

L’agitation du bateau, ensuite. L’étrange sensation d’être ballottée en permanence, pas seulement par le roulis des vagues mais par l’organisation gigantesque du bateau. Impossible de se poser, il faut marcher, tout le temps. Impossible de parler, il faut se taire avec sa langue, sa langue en transition. Ca pousse presque entre les doigts cette langue en transition, ça rêve de brûler des carnets avec, dans les cafés, pourquoi pas ?

Au lieu de cela Anna Mélia a branché son baladeur et écoute à fond des trucs à la mode de l’époque, comme toutes les jeunes filles de son âge. La mince pellicule de la musique new wave apporte sa coloration aux falaises illuminées de Douvres quand le bateau pose enfin son grand corps maladroit en transition.

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October 21, 2009

le goût de la nuit

Anna Mélia se souvient du froid du début mais c’est si lointain que c’est un froid familier qui ne mord plus le creux des cuisses, ou les poignets.

Ce froid-là est ambiguë, il lui rappelle le froid des vitres et la sensation de la buée sur ses lèvres. Le goût aussi, presque métallisé, un goût de vieille peinture et de pièce mal chauffée. La nuit a toujours ce goût-là pour Anna Mélia sauf dans les trains, les cars, les ferries, les avions.

Dans les voyages, la nuit a le goût des lumières qui apparaissent ça et là, lumières de la ville, des campagnes, des étoiles, lumières des avions qui clignotent. Les lumières ont bon goût, c’est berçant, c’est un goût qui apaise et qui exalte en même temps. Mais en réalité Anna le sait, ce ne sont pas les lumières qui exaltent, seulement la promesse du voyage. Car chaque voyage est une promesse, cette naïveté-là est nécessaire.

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October 20, 2009

hot

Anna Mélia a coupé ses cheveux pour s’empêcher d’enrouler ses mèches autour de ses chevilles. Au début, elle avait besoin de quelque chose, un morceau de laine, un bout d’écharpe, un drap entortillé à mettre autour. Ses colliers parfois. L’homme a dit " je te prête mes mains " et en effet il enserrait parfois ses chevilles fines, parfois d’une main, parfois avec les deux.


C’est chaud, mais ça n’est pas le chaud qui vient de soi. Ce chaud même de nos propres ongles, nos propres dents, de nos propres cheveux. Elle aime ce chaud venu d'ailleurs mais c’est un amour désir pas un amour confort du dedans. L’homme lui a dit " c’est bien, c’est juste pour une transition ". Anna sourit, et c’est aussi un sourire de l’intérieur. C’est chaud du dedans.

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October 19, 2009

Pas encore

deux ou trois notes longues
deux ou trois notes longues



Anna Mélia a appris à nager dans les mers de draps blancs. Tout le corps immergé, l’histoire même de ses mouvements s’impriment dans le froissé des draps.. Anna Mélia reconnaît les poissons autour d’elle, leur nage tranquille ne se laisse pas perturber par les ondulations créées par le corps d’Anna. Au contraire, on dirait qu’ils calquent leurs mouvements sur sa respiration régulière.


La mer de draps blancs n’est pas un monde de silence. Il y a les frottis des étoffes, le souffle d’Anna, le clapotis des poissons autour. Parfois, la trompette de Miles Davis vient lancer deux ou trois notes, longues. Dans la mer de draps blancs, ces notes-là ne déchirent rien, elles se posent sur les ondulations, semblent presque les suivre tout en restant les notes, longues, de la trompette de Miles Davis. Il arrive qu’elles essaient de se glisser dans ce qui sonne creux chez Anna Mélia, remplir son creux avec la musique. Anna chuchote " pas encore, Miles, pas encore ".

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October 10, 2009

Red

Il se penche et frôle de ses mains si sûres d'elles-mêmes le creux du cou. Anna Mélia sait qu'il invente de nouveaux colliers pour elle, de longs colliers imaginaires qui sont faits de toutes ces perles qu'ils fabriquent dans leurs songes. Le bruit de ces colliers est différent, ils sonnent aussi mais parfois, ils rendent un son creux, mais pas comme le manque, non pas comme le manque. Le creux qui remplit, celui qu'elle sentait là, ce jour, face à l'océan.

L'océan glissait dans ce jour de chaleur tranquille, comme si tout voulait respirer plus large. Les gouttes de sueur aussi faisaient comme un long collier, un collier d'odeurs et de saveurs à venir. Il fallait de la fraîcheur aussi, pieds menus dans l'eau salée. Anna Mélia savait que son corps se laissait pénétrer de toutes les brises, terrestres ou non. Cela souriait aussi, cela souriait même de dos.

C'est pour cela qu'il était venu, avec ses bras, avec ses mains, avec tout son corps et qu'elle sentait qu'il venait. L'attente de sa venue montait et faisait comme un coussin confortable en même temps qu'un tuyau d'air irrépressible. Les soupirs s'échappaient d'elle, et lorsque les bras ont été autour d'elle, ce sont leurs deux corps qui ont su ce que respirer voulait dire.





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October 8, 2009

Dérèglement de la mécanique

Le bruissement des pas sur les feuilles mortes. Les yeux en vague allant de la mousse des arbres au soleil doré d’automne. L’homme a glissé sa main sous la jupe d’Anna Mélia pour lui signifier son désir.

Anna Mélia choisit d’abord un endroit. Elle fait une couche et accroche les plus jolies feuilles dans ses cheveux. Elle roule un peu de terre humide entre ses doigts pour tracer des signes au creux de ses cuisses, sur son ventre, ses fesses, l’intérieur de ses bras, l’arrondi du sein, ses joues, son menton. L’homme trace lui aussi des signes sur son propre corps. C’est la première fois. L’homme trace ses propres signes sur son corps, Anna s’arrête pour le regarder.

Anna penche la tête, un frémissement fait trembler le bord de ses paupières. Quand leurs signes se mêlent plus tard dans le rauque de ce creux de forêt, Anna Mélia entend une mélodie inconnue, avec le contrepoint des craquements des branchements et parfois des trilles d’oiseaux. C’est l’homme qui lui a dit que la mélodie n’était pas dans sa tête cette fois, ils ont chanté tout haut.

Cela la fait rire, cette idée, Anna Mélia. C'est vaguement ridicule ce chant d'entre les branches, cet écho d'automne. Elle hausse les épaules, le regarde, lui sourit et dit "c'était hier".

Sauf que c'était là, maintenant. Dérèglement de la mécanique.

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